Soirée octobre – les Rye

Les conditions de production du Rye whisky sont presque identiques à celles du Bourbon. Le Rye est un whisky issu à 51% minimum de seigle, malté ou non, pour prétendre à cette dénomination. Les autres céréales utilisées sont au choix du producteur, souvent il s’agit de maïs et d’orge malté. L’élevage n’est pas obligatoire mais s’il est effectué, ce doit être en fût de chêne flambé. Il doit durer 2 ans pour obtenir la mention Straight rye. Au-delà de 4 ans, la mention de l’âge n’est plus obligatoire. Le distillat doit titre moins de 80% en sortie d’alambic et moins de 62,5 après réduction en fin de vieillissement.

Le seigle peut être malté ou non, dans ce second cas, il est cuit à la vapeur puis refroidi avant le brassage et additionné d’orge malté. Le seigle non malté est très difficile à travaillé en raison de son absence d’enveloppe. Il donne une farine très collante. Il a de plus un rendement nettement plus faible que l’orge.

Au 18e, les pionniers allemands et hollandais ont importé le seigle dans le nord de l’Amérique, notamment au Canada et en Nouvelle Angleterre. Cette céréale est bien adaptée aux hivers rigoureux et aux sols pauvres. Son goût différent, plus sec que le Bourbon, épicé et riche, plaisait beaucoup aux amateurs de scotch.

Le Rye a longtemps été considéré comme un symbole américain. Ce breuvage était consommé et produit par Georges Washington lui-même dans sa cave, le Washington Rye Whisky. On dit que le Rye était la boisson préférée d’Al Capone. Il a failli disparaître durant la prohibition, une seule marque à subsisté, le Old Overholt.

Le Canada produit beaucoup de Rye mais n’a pas les mêmes règles, ainsi 5% de seigle utilisé dans l’assemblage suffisent à donner la mention Rye mais le vieillissement doit durer minimum 3 ans en fût. 

Aujourd’hui le Rye est très à la mode, il est considéré comme branché et très apprécié des barmen depuis les années 2000. Il est utilisé dans de nombreux cocktails dont le Sazerac, le Manhattan, l’Old Fashioned. Depuis 2017, il est devenu l’une des 2 boissons officielles de la Virginie, avec le lait. On trouve du Rye dans de nombreux pays, USA et Canada bien sûr mais aussi en Europe, Finlande, Danemark, France également avec DHG, Armorik, Glann Ar Mor entre autres.

Kyro Juuri Rye 46,3%

La distillerie Kyro tire son nom de la rivière qui la borde ; elle est située dans le village de Isokyro, dans le golfe de Botnie au nord de la Finlande. Elle a été fondée en 2014, après 2 ans de lutte administrative de la part de ses fondateurs. Elle est issue de l’idée née dans un sauna après une soirée arrosée par un groupe de 5 amis en 2012. Elle est installée dans une ancienne ferme laitière datant de 1908 et emploie 30 personnes sur place ainsi que 7 ambassadeurs. Elle produit 100 000 bouteilles par an.

Kyro produit du whisky, du gin et une liqueur, tous les breuvages étant élaborés à partir de seigle finlandais. La ferme se visite et les produits sont dégustables sur place. 

Juuri signifie “origine” en finnois mais aussi la base du pain de seigle. Cette cuvée est issue à 100% de seigle finlandais malté. Il s’agit d’un new make. La distillerie propose aussi depuis 2017 un whisky vieilli et travaille à des cuvées plus anciennes.

Nez : frais, crémeux, notes d’anis, citron, poire, figue fraîche, pomme, prune, caroube, pointe fermière

Bouche : fraîche, ronde et douce en attaque, sèche ensuite, notes de noix fraîche, figue, pomme, anis, vanille

Finale : sèche, douce, longue, un peu amère, notes de poivre, pointe de piment

Rebel Yell Small Batch Rye 45%

Rebel Yell n’est pas le nom d’une distillerie mais celui d’une marque, enregistrée officiellement en 1936 et produite par la distillerie Stitzel-Weller qui fermera en 1992. Cette marque est vendue dans les années 1980 à Lixco Spirited Brands et reprise par Heaven Hill en 1992. Heaven Hill est l’une des plus anciennes distilleries du Kentucky, datant de 1849. Elle produit toujours Rebel Yell.

Au départ, Rebel Yell est une marque de Bourbon. La cuvée Rye est lancée en 2015. Elle est composée de seigle, maïs et orge malté.

Nez : gourmand, pâtissier, riche, notes d’abricot frais, noisette, pomme cuite, gentiane, camphre, cardamome, écorce de citron, fenouil, curcuma, caramel, crème pâtissière

Bouche : fraîche, douce, équilibrée, élégante, notes de beurre, vanille, céréale, bâton de réglisse, foin

Finale : douce, ronde, notes de vanille, bois, réglisse, anis, un peu courte

Stauning Young Rye Rum Cask Finish 46,5%

La distillerie Stauning tire son nom du village où elle est située, sur la cote ouest du Danemark. 

Cette cuvée est élaborée à partir de 70% de seigle et 30% d’orge malté. Les céréales sont locales ainsi que la tourbe qui provient du musée vivant voisin. Celui-ci conserve et maintient les métiers et traditions anciennes, notamment celle de la récolte et préparation de la tourbe. Le vieillissement se fait pendant 3 ans en fût de chêne américain neuf puis 8 mois en fût de rhum Plantation Belize de 1er remplissage.

La distillerie a été créée en 2005, elle était installée dans l’ancienne boucherie de l’un des fondateurs. Elle produisait 400L en double distillation avec 2 alambics pot still de petite taille. Tout le processus d’élaboration du whisky est fait sur place, du maltage à la mise en bouteille. Ainsi la chambre froide servait au maltage au sol, le hachoir à moudre les grains, le fumoir à jambon à fumer les grains. Depuis 2007, faute de place, les installations se sont déplacées dans une ferme voisine bien plus grande. Aujourd’hui la distillerie produit 900 000L et possède 24 alambics, toujours de petite taille. Elle propose 3 whiskies dont un tourbé ainsi qu’un new make. Elle a été en partie rachetée par Diageo et Distill Ventures en 2015.

Nez : frais, rond, pâtissier, notes d’aiguilles de pin, écorces d’agrumes, levure, céréales, vanille, caramel

Bouche : ronde, douce, un peu chaude, notes végétales, céréales, vanille, bois

Finale : ronde puis sèche, un peu courte, notes de vanille, bois, agrumes

Whistle Pig 10 ans 50%

Whistle Pig n’est pas une distillerie mais une ferme de vieillissement située sur les berges du lac Champlain, dans le Vermont. Elle appartient à Raj Peter Bhakta, un entrepreneur et politicien qui participe à des émissions de télé-réalité dont The Apprentice. Il est associé avec Dave Pickerell, ancien de Maker’s MArk, une des plus anciennes et des plus grosses distilleries de Bourbon. Ensemble, ils ont pour projet de créer le meilleur whisky de seigle du monde. Ils ont lancé la gamme en 2007. Les distillats proviennent du Canada, de chez Alberta Distillers puis sont vieillis et mis en bouteille dans la ferme Whistle Pig.

Cette cuvée est issue uniquement de seigle et vieillie en fût de Bourbon.

Nez :  doux, rond, frais, notes de solvant, fleurs, fruits blancs, pointe herbacée, cannelle, miel, écorce d’orange, vanille, bois grillé.

Bouche : douce, ronde, fraîche, pâtissière, notes de vanille, écorce d’orange, bois grillé

Finale : puissante, chaude, un peu piquante

Soirée de Septembre – Les Whiskies Français

Eddu Silver Brocéliande 42 %

Ce whisky est produit par la distillerie des Menhirs située à Pont Menhir près de Quimper. Elle appartient à la même famille depuis sa création, elle en est à la 5e génération.

En 1921, l’histoire commence à Plomelin (Finistère) lorsque Francès Le Lay, arrière arrière grand-mère des actuels dirigeants, fait l’acquisition d’un alambic d’occasion, destiné à la distillation ambulante d’eau-de-vie de cidre, appelée Lambig. Plomelin est la capitale du Lambig en Bretagne.

En 1986, Guy le Lay décide de planter des pommiers à Pont Menhir et de créer une distillerie pour produire du Pommeau, qui devient la 1e AOC Pommeau de Bretagne.

En 1198, il créé un nouveau bâtiment et installe un nouvel alambic afin de se lancer dans la distillation de blé noir de Bretagne pour produire du whisky.

Eddu Silver Broceliande est élaboré uniquement à partir de blé noir, appelé aussi sarrasin, part une double distillation dans des alambics charentais de 25hL. L’affinage se fait en fût de Cognac et la finition en fût de chêne de la mythique forêt de Brocéliande, d’où le nom de la cuvée.

Le blé noir est d’origine asiatique, il arrive en Bretagne au 15e siècle et devient la providence de l’Armorique. En effet, il est adapté aux sols pauvres et acides, son cycle végétatif est court, de mai à septembre. Son rendement naturel est bien supérieur à ceux du seigle et du froment. Il n’y a pas d’impôt sur sa récolte à l’époque.

Mais cette belle histoire connaît un rebondissement, le blé noir  manque disparaître au 20e siècle à l’arrivée des engrais et autres produits chimiques. En effet, les autres cultures deviennent plus productives, notamment les pommes de terre. De plus, le sarrasin ne supporte pas les engrais…

Il vit une renaissance forte depuis 20 ans, à la fois en tant que farine alimentaire et en tant que base pour la distillation.

Le whisky Eddu est donc un breuvage bio, nature et sans gluten!

La distillerie des Menhirs propose plusieurs cuvées, Eddu Silver (classique), Eddu Silver Brocéliande, Eddu Gold (15 ans), Eddu Grey Rock (blend), Eddu Grey Rock Brocéliande (blend en fut de chêne de Brocéliande), Eddu Ed Gwenn (single malt de 4 ans à base d’orge breton élabordé avec un alambic à colonne) ainsi que du cidre, du Lambig (eau de vie de cidre), du Pommeau (mutage du jus de pomme avec du Lambig), du Gwenaval (alcool blanc de pomme) et du Chouchenn.

Nez : frais et gourmand, notes de fleurs blanches, fleurs séchées, fruits secs, noix, prune, poire, vanille, caramel, cannelle, curry, curcuma

Bouche : fruitée et ronde, notes de bois, vanille, caramel, prune, pommes, oranges, pomelos

Finale : longue, fine avec des notes mentholées

Rozelieures Vosne Romanée 46%

La distillerie Rozelieures tire son nom de son village, elle est la propriété de la famille Grallet-Dupic. Elle a été créée en 2000 par 2 hommes, Hubert Grallet, distillateur et Christophe Dupic, cultivateur, tous deux amateurs éclairés de whisky et ayant déjà effectué plusieurs voyages en Ecosse. La famille Grallet produit de l’eau de vie de mirabelle depuis 1860, Hubert est la 5e génération. L’idée est venue d’une plaisanterie qui fut ensuite prise au sérieux.

Toute l’orge utilisée par la distillerie est produite sur place par la famille Dupic. L’eau, très pure, provient des montagnes vosgiennes voisines. Les propriétaires qualifient leur whisky “d’alcool de caractère mais doux et rond comme les Ballons des Vosges”!

Le whisky est élaboré par une double distillation, dans un wash still de 30hL suivi d’un spirit still de 15hL. Les vieillissements se font en fût de chêne locaux, fût de Cognac et fût de Xérès. Ils ont réalisé de nombreuses finitions, Bourgogne, Sauternes, Banyuls, Condrieu, Armagnac, Tokay,…

Les grandes amplitudes thermiques de la région génèrent des vieillissements rapides. La distillerie dispose de 3 chais de vieillissement très différents les uns des autres. Le 1er, situé au grenier, est sec avec des changements de température importants. Le 2e, à la cave, est humide avec des températures stables. Le 3e, dans le Fort Pélissier, est entre les deux. Les whiskies sont souvent issus des 3 chais selon les objectifs gustatifs visés.

Cette cuvée a été vieillie à 60% en fût de Cognac et à 40% en fût de Xérès Fino suivi d’une finition en fût de Vosne Romanée.

La distillerie produit 4 références en gamme permanente, les cuvées Origine, Rare Collection, Fumé Collection et Tourbé Collection ainsi que des séries limitées correspondant à des finitions, souvent en single cask et bouteilles numérotées.

Rozelieures propose des ventes en primeur de ces whiskies ainsi que des visites guidées des lieux.

Nez : gourmand, crémeux, notes de prune, amandes, citron, pêche, rose, miel d’acacia, cerise, céréale, tourbe légère

Bouche : ronde, douce, notes de fruits très mûrs, citron, noix de cajou, amande, figue, cuir, pointe herbacée, épices douces, tourbe légère

Finale : longue, ronde, saline, notes de prune, figue, cuir, tourbe

Michel Couvreur single malt 10 ans vin jaune 47% – bouteille 1394/2000

Michel Couvreur est un embouteilleur indépendant belge situé à Bouze-lès-Beaune en Bourgogne. Il choisit des single malts écossais qu’il affine dans sa cave en fûts de Xérès ou de Porto le plus souvent avant la mise en bouteille. Certains fûts sont très anciens, 50, 60 ans, le plus vieux a même 80 ans ! Il réalise également des cuvées atypiques en fûts de vin Jaune, en amphores, avec des lies vineuses,…

Michel Couvreur est né en 1928 et mort en 2013. Son activité a été poursuivie par sa fille, son gendre et son maître de chai, déjà présents depuis 2007 dans la structure. Il est producteur et négociant de vin entre 1951 et 1978. Il achète et aménage la cave de Bouze-lès-Beaune en 1956. Il s’installe en Ecosse en 1964 où il vend de grands vins français, qui vont lui ouvrir toutes les portes, même celle de la Reine. Il découvre et étudie le whisky. En 1971, il commercialise les vins français au Canada et se développe fortement malgré les taxes importantes. En 1986 il commence la distillation à Edradour. Il se spécialise dans les whikies insolites, notamment produits dans les Orcades avec la variété d’orge Bere Barley peu connue et depuis abandonnée. IL décide ensuite d’acheter des distillats, les faire vieillir dans sa cave de Bourgogne avant de les mettre en bouteilles.

La cave est très spécifique, elle a été creusée à la demande de Michel Couvreur grâce aux conseils de Jules Chauvet, dans les années 1950. Comprenant plus de 150m de galeries, elle offre humidité et calme. Elle comprend des parties sèches et d’autres plus humides, ce qui permet des variations de vieillissement suivies ou non d’assemblage. Elle fut construite pour les vins de Bourgogne au départ, sa capacité est de 200 barriques bourguignonnes, ce qui est, selon Michel Couvreur, la capacité maximum de reconnaissance de breuvages différents à l’aveugle.

Les étiquettes ne mentionnent pas la distillerie mais seulement le type de vieillissement, selon Michel Couvreur, “90% de la qualité d’un whisky vient du fût et 10% de la distillation”. Il réfute la notion de terroir pour ce type de produit. Pour lui, l’utilisation des fûts de Bourbon au lieu des fûts de Xérès est la plus grande tragédie de l’histoire du whisky.

Aujourd’hui la société propose des single malt et des blended malt, le plus connu, Overaged, est un blend de 12 ans vieilli en fût de Xérès Pedro Ximenez, les malts présents ont de 12 à 27 ans d’âge. Michel Couvreur est un embouteilleur polyglotte, des malts écossais, choisis par des Belges, vieillis en Bourgogne dans des fûts Espagnols et réduits avec de l’eau Ecossaise ! Des essais sont menés actuellement avec des malts français issus notamment de Rozelieures et du Domaine des Hautes Glaces, à suivre…

Cette cuvée a été vieillie intégralement en fûts de vin jaune non rincés, c’est à dire contenant encore un peu de lie et de voile de levures! provenant du Domaine Bénédicte et Stéphane Tissot. Il s’agit de l’assemblage de 5 fûts qui ont donné 2000 bouteilles. La distillation, réalisée en Ecosse, date du 5 février 2009, mise en bouteille le 13 février 2019.

Nez : élégant, riche, floral, notes de frangipane, coing, fruits jaunes, bois, épices, noix, pomme, pointe herbacée, voile de levures

Bouche : ronde, chaleureuse, tendre, complexe, notes de pomme, noix fraîche, poire, coing, épices, levures

Finale : longue, complexe, puissante, notes de noix sèche, épices, pomme cuite, pointe d’amertume

Sequoia tourbé 43%

Cette cuvée est produite par la distillerie du Vercors créée en 2015 et située à St Jean en Vercors.  La bâtisse est une ancienne ferme fortifiée datant de 1673 transformée en magnanerie avant d’être modifiée en distillerie.

La famille Cordelle, créatrice et originaire de Bourgogne, a mis 2 ans 1/2 a trouver le lieu idéal, permettant de tout faire sur place en bio, culture de l’orge, maltage, distillation et vieillissement, et avec une eau de source de qualité.

L’orge utilisée est en partie produite sur place par Anne-Hélène, une autre partie est achetée à la coopérative des Malteurs Ethos située à Valence.

L’alambic utilisé est très spécifique puisqu’il s’agit d’un alambic à repasse en inox de 50 hL fonctionnant à basse pression. Il a été créé par Eric Cordelle, le propriétaire, après de nombreux essais sur la pression. La distillation se fait à basse température et dure 14h. Elle donne un alcool à 25% avec des arômes floraux, fruités et ronds. C’est le mode d’élaboration de la parfumerie. La 2e distillation est effectuée dans un alambic charentais de 25 hL qui donne un alcool à 60-70%, avec de la complexité.

Aujourd’hui la jeune distillerie propose 2 cuvées, avec et sans tourbe.

Le Sequoia qui a donné le nom de la cuvée et le visuel de l’étiquette se trouve dans la cour de la ferme et a 225 ans.

Nez : fin, frais, notes de fleurs blanches, tourbe délicate, banane, poire, minéral, camphre, eucalyptus, ferme, abricot, céréale caramélisée, cire, menthe

Bouche : fine, délicate, douce, avec une sensation de sucrosité, notes de bois, tourbe carnée, poire cuite, miel, agrumes, fleurs blanches, tourbe végétale

Finale : longue, nette, fumée, notes de tourbe, miel, citron, bois toasté, menthe, eucalyptus, poivre blanc

Soirée du 10 Juillet 2019 – Les Gins

Le gin est élaboré à partir d’alcool de céréales agrémenté de baies de genièvre, qui sont en réalité les graines et non pas les fruits de l’arbuste. Ces graines étaient très utilisées dans le nord de l’Europe notamment au Benelux, pour leurs effets bénéfiques sur le corps humain. Elles favorisent la digestion, ce qui explique leur présence dans la choucroute et sont également désinfectantes, on les utilisait en onguents pour les plaies.

Au milieu du 16e siècle, un médecin les ajoute à de l’alcool distillé dans le but de créer un médicament. Le résultat étant gustativement bon, le produit se développe à partir d’alcool de tout type de céréales par macération des baies et prend le nom de Jenver. Au fur et à mesure de son développement, des aromates sont ajoutés, coriandre, anis, cumin, … Il est par la suite décidé que le genièvre demeurera l’ingrédient principal.

A ce jour, on produit du gin de deux façons, soit par macération des baies et aromates puis distillation soit par distillation et infusion pendant ou après des botaniques et aromates. Le gin, comme le whisky, doit titrer 40% d’alcool minimum. Il n’y a que très rarement des vieillissement en fût. Le gin est un alcool blanc mis en bouteille quelques semaines après la distillation.

La boisson est découverte par les anglais au milieu du 17e, lors de l’alliance entre le Royaume-Uni et la Hollande. Les hollandais consommait du Jenver avant le combat pour se donner du courage. Les anglais l’appelèrent la “deutsche courage”, elle devint la boisson des soldats. Apportée à la cour d’Angleterre, elle se popularise et devient la boisson des marins qui l’essaime dans les îles. A cette époque, le gin devait titre plus de 57,5% d’alcool afin d’être stocké à côté de la poudre sans risquer de la mouiller en cas de fuite du tonneau. On parle de gin navy strength.

Au 18e a lieu la 1e crise du gin, la moitié des foyers produisent leur propre boisson chez eux, très souvent de faible qualité, le bathe gin. Afin de limiter les risques sanitaires et de diminuer l’ivrognerie, le gouvernement édicte des lois, la production doit se faire dans des distilleries dans une limite de 10 000L/distillerie/an. L’opprobre ainsi jetée durera un siècle.

Au début du 20e commence l’ère dorée des cocktails. Le gin revient à la mode par les Indes. Dans ce pays, on consomme de la quinine pour éloigner les moustiques et éviter le paludisme. Afin de la rendre plus agréable, on la dilue dans du tonic auquel on va ensuite ajouter du gin.

Dans les années 70-80, la production est très élevée, la qualité diminue fortement. Les gens se détournent du produit, la consommation est pour l’ébriété, sans plaisir gustatif.

Dans les années 2000, démarre la 2e ère des cocktails, qui perdure aujourd’hui.

Normindia – Domaine Coquerel – 41,4%

Le domaine Coquerel a retrouvé une très vieille recette de fabrication de gin datant de la fin du 18e et a eu l’idée de l’essayer. Ce fut une réussite! Devant l’intérêt du produit, il fut décidé de le commercialiser. Il contient 8 ingrédients dévoilés dont le genièvre, la pomme, l’écorce d’orange, le girofle et la coriandre ainsi que 7 autres botaniques tenues secrètes…

Nez : agrumes (pamplemousse, mandarine), résine, végétal, fenouil, pomme verte, très aromatique, fin et gras

Bouche : ronde, douce, notes de mandarine, genièvre, réglisse, végétal, poivre doux, girofle, coriandre

Thomas Dakin – 42%

La distillerie est née dans le milieu du 19e, fondée par Thomas Dakin qui voulait produire des gins haut de gamme avec une personnalité. Il a choisi pour ses cuvées de mettre en avant un ingrédient spécifique. Pour celle-ci ils ‘agit du raifort.

Nez : sève de pin, genièvre, herbe fraîche, citron, eucalyptus, menthe, épices, écorce d’orange, coriandre

Bouche : ronde, fraîche, précise, notes de menthe, herbe fraîche, cardamome, poivre, coriandre, pointe de salé

Finale : longue, épices, coriandre, légèrement pimentée

Decroix – 45%

Le Domaine Decroix est en agriculture biologique et produit principalement des Cognacs. Lors de la transmission à la jeune génération, les enfants ont souhaité développer un nouveau produit en utilisant le poivrier de Sichuan se trouvant dans la cour du domaine.

Nez : poivre de sichuan, genièvre, solvant, citron vert, tabac froid, anis

Bouche : ronde, complexe, douce, grasse, notes de coriandre, menthe, anis, gingembre

Finale : longue, douce, fraîche, notes végétales, poivre de Sichuan, pointe salée

CannonBall – Edinburg – 57,2%

La distillerie se situe dans une toute pièce à l’arrière d’un bar à Edinburg. Elle a été créée en 2010. Aujourd’hui il s’agit de la 6e marque la plus vendue au Royaume-Uni. Son développement est limité par la place disponible et le choix des fondateurs de ne pas agrandir le lieu de production. Son autre particularité réside dans la très forte proportion de genièvre utilisée dans la fabrication, le double de celle habituelle, ce qui apporte de la puissance au produit.

Nez : fin, délicat, onctueux, très fondu, notes de citron, genièvre, grains de coriandre, pointe marine

Bouche : fine, précise, douce, belle acidité, notes d’épices, céréales, fermier, genièvre, gingembre, grains de coriandre, citron, pointe salée

Finale : tendue, fine, longue, avec des amers agréables, notes de poivre blanc, de girofle

Soirée du 26 Juin 2019

Food Pairing au restaurant le Tabagnon, Tassin

D’abord le menu :

Apéritif : Mannochmore 2007 10 ans Signatory Vintage

Entrée : Saumon gravlax et sa purée d’avocat – Teaninich 1999 16 ans Chieftain’s

Plat : Carré d’agneau, sauce au whisky, légumes croquants et purée de patate douce – Flatnose blended malt 46% pour la sauce – Glenrothes 1999 13 ans Chieftain’s

Fromages : Cheddar, Soumaintrain, Fumaison et Bleu de Termignon – au choix de chacun parmi les 3 whiskies dégustés

Dessert : Cranakan à la framboise – Porto Andresen blanc 40 ans

Puis la présentation des breuvages

Mannochmore 2007 10 ans Signatory Vintage 43%

Mannochmore est une distillerie “obscure”, elle se trouve sur le même site que Glenlossie mais n’est pas indiquée. Elle est détenue par le groupe Diageo. Elle fait partie des distilleries “cheval de trait” car ne produisant historiquement pas de single malt mais uniquement des blend. Elle ne produit pas d’embouteillage officiel, vous ne trouverez les malts que via les embouteilleurs indépendants tels Signatory Vintage.

Nez : fin et délicat, notes de réglisse, cardamome, écorce de citron

Bouche : fraîche et légère, notes d’écorce de citron, réglisse, finale longue, fine et précise

Teaninich 1999 16 ans Chieftain’s 48%

Teaninich se situe à Alness dans le Comté de Ross. La distillerie a quasiment toujours été en production sauf une courte fermeture pendant la 2e guerre mondiale, créée en 1817 par Hugh Monro de Teaninich (qu’on prononce “Tiann-inich” , elle se développe à grande vitesse. Elle se modernise régulièrement et est 1887 la seule distillerie au nord d’Inverness à disposer de l’électricité et du téléphone. Après de nombreux changements de propriétaires, elle est vendue en 1933 à la Scottish Malt Distillers Company Ltd, aujourd’hui Diageo. Elle ferme provisoirement en 1939 en raison des restrictions d’orge, pour rouvrir en 1946. Elle est rénovée en 1970 avec un nouveau bâtiment et des nouveaux alambics puis en 1973 pour les salles de broyage, brassage et fermentation. En 2014 un nouveau bâtiment est créé, la distillerie produit 10,2 millions de L par an mais les single malt sont très rares. Le liquide est utilisé notamment pour Johnnie Walker et VAT69. Teaninich ne possède pas de chai de vieillissement. Sa particularité réside dans un filtre à presse qui remplace les cuves de brassage. Elle est l’une des seules distilleries à en être équipée. Ce procédé est très utilisé pour les bières, il permet de produire du moût 2 fois plus rapidement. Il nécessite cependant d’utiliser une farine très fine, issu de moulins spécifiques.

Nez : fin et aromatique, un peu fermé puis gras et complexe, notes de malt

Bouche : riche, complexe, fine, notes de céréales, fruits jaunes, épices, poivre

Finale : longue et fraîche avec les fruits et le poivre

Glenrothes 1999 13 ans Chieftain’s 46%

La distillerie est située dans la ville de Rothes, sur la rive ouest de la rivière Spey, à 16km au nord d’Elgin, ce qui la place dans le triangle d’or du Speyside. Elle a été créée en 1878 par James Stuart, le propriétaire de Macallan. La 1e distilaltion a eu lieu le 28/12/1979, le jour de la catastrophe ferroviaire du pont Tay où ont péris 75 personnes. Certains y verront un funeste présage. Glenrothes vit en effet un démarrage chaotique puis une histoire mouvementée. Elle est reprise en 1884 par William Grant, le propriétaire de Glenlivet. Grant & Co fusionne en 1887 avec Islay Distillery & Co pour devenir Highland Distillers Company (HDC). En 1896, la distillerie est agrandie et accueille un 2e four à malt, le nombre d’alambics est multiplié par 2. Mais un immense incendie la ravage en 1897. Puis en 1903, se produit une importante explosion dans la salle des alambics. Et en 1922 a lieu un nouvel incendie important au cours duquel 900 000 L de whisky sont perdus, brûlés et noyés. Le propriétaire ne baisse toujours pas les bras et reconstruit une nouvelle fois. En 1963 il ajoute 6 nouveaux alambics. En 1989, il agrandit encore pour parvenir à 10 alambics et 5 millions et demi de L / an. La distillerie ne produit que pour les blends, Cutty Sark et Famous Grouse. Seuls 2 single malts seront embouteillés, un de 8 ans par Gordon & MacPhail en 1970 et un de 12 ans officiel en 1980. La distillerie est ensuite rachetée en 1999 par Edrington Group et Willion Grant & Sons, les propriétaires de Glenffidich et Balvenie. Ils décident de produire des single malts mais seulement des millésimés qui vont devenir une marque de reconnaissance. En 2010, Brothers & Rudd rachète la marque, Edrington Group continue de produire le distillat et eux s’occupe du vieillissement, de l’assemblage et de la mise en bouteille. Ce sont eux qui ont choisi ce flacon arrondi si particulier.

Chieftain’s fait référence au Chef de Clan des Macleod’s de l’Ile de Skye, d’où la maison Macleod prend ses origines. La gamme Chieftain’s Choice est géré par Anthony McCallum, le nez de la Maison Ian McLeod. Il s’agit de la sélection du chef, une sélection rigoureuse, parfois accompagnée d’affinages, sur les 20,000 fûts que la Maison a en stock ou en maturation à travers toute l’Écosse. Les fûts sont sélectionnés individuellement en fonction de la qualité des chacun d’entre eux afin de proposer ces embouteillages toujours millésimés.

Ce 13 ans a été vieilli en fût de sherry oloroso. Il s’agit d’un small batch de 2 fûts.

Nez : riche, complexe, fin, notes de fleurs blanches, écorces d’orange, chocolat noir, miel, amandes, noisettes, raisins secs, toffee, cuir, spéculoos, coté pâtissier, crémeux

Bouche : riche, ample, gourmande, longue, notes de prunes, pommes vertes, caramel, noisettes, raisins secs, dattes, cuir, quelques épices, un peu de fruits exotiques, noix

Finale : longue, notes d’oranges, chocolat, cuir, amandes

Flatnose blended malt 46%

La gamme Flatnöse a été créée par Donald MacKenzie, le Brand Ambassador de la Maison Dugas pour les whiskies. Le blended malt est assemblé à partir de 100% de Scotch Single Malt en provenance de chaque région de production et principalement d’Islay. Ainsi la tourbe est présente, de manière douce mais persistante, et équilibrée par des saveurs délicates de miel et de citron confit. Il est embouteillé au degré plus élevé de 46°, et non filtré à froid afin de garder les huiles naturelles de l’orge et du grain pour un goût plus riche et une meilleure persistance en bouche. Le whisky idéal pour les apéritifs afin de célébrer les anciens chefs de clan des îles hébrides qui se réunissaient sur l’île d’Islay, sous les ordres de Ketill “Flatnöse” Bjornsson, les premier seigneur des Îles.

Porto Andresen blanc 40 ans 20 %

La Maison Andresen est une des rares encore familiale et indépendante, elle se situe à Vila Nova de Gaïa. Elle a été créée par un danois, Joao Henrique Andresen, qui est tombé amoureux du Portugal et notamment de Porto. Il s’y est installé, s’est marié avec une fille de vigneron et a pris la nationalité portugaise.

Nez : fin, élégant, complexe, notes de fleurs blanches, fruits blancs, fruits secs, coing, miel, écorce d’orange

Bouche : ronde, ample, notes de fruits secs, coing, miel, belle acidité, équilibre

Soirée du 15 Mai 2019 : l ‘Océanie

Cette région regroupe actuellement l’Australie et la Nouvelle Zélande.

Hellyers Road Original 40 40%

La distillerie se situe sur l’île de Tasmanie, dans la ville de Burnie. Elle a été créée en 1997 par une coopérative laitière et a commencé à produire en 1999. Elle tire son nom de la route où elle se situe, qui est la première créée en 1827 par Henry Hellyer. En Australie, on ne trouve que des micro-distilleries artisanales, celle-ci est la plus grande avec 100 000 L de whisky produits par an. En France, on peut trouver 4 produits, Original 40, Pinot noir, Slightly Peated et 15 ans. Il existe de nombreuses autres versions mais qui ne sont pas exportées. Le Roaring 40 se nomme en raison des vents qui soufflent sur l’île à 40 km/h. C’est le whisky le plus léger de la distillerie et le plus connu.

La distillerie n’utilise que de l’orge et de la tourbe locale. Elle a également accès à une source de qualité. La durée de distillation est très longue, 24h contre 5h chez Ardbeg et 10h chez Middleton. Le vieillissement se fait en fût de Bourbons. L’île de Tasmanie présente un climat très différent de l’Australie et assez similaire à celui de l’Ecosse avec des températures fraîches et de l’humidité. Ces conditions permettent un vieillissement long comme en Ecosse.Les habitants sont d’ailleurs fiers de l’île encore très nature et sauvage.

En 2010, la distillerie a obtenu le prix du meilleur whisky d’Australie. En 2013, la version vieillie en fût de Pinot Noir a reçu le prix de meilleur nouveau whisky du monde.

Nez : agréable, doux, notes de fleurs blanches, pomme verte, poire, pêche blanche, céréales, fruits secs, bois grillé, cardamome, tilleul, amande industrielle, solvant, cire, pointe de vanille

Bouche : fraîche, ronde, suave, fruitée, pâtissière, notes d’amande friche

Finale : un peu courte, douce, notes d’amande fraîche, cire

Bakery Hill Peated 46 %

La distillerie est située en Australie, dans la ville de Victoria. La production de whisky dans ce pays est très récente. Il existe actuellement 10 distilleries en activité dont beaucoup sur l’île de Tasmanie, Lark, Sullivans Cove, Hellyers Road, Nant distillery, Willima MCHenry & Sons, Great Southern,… On ne trouve que les 3ères en Europe.

Bill Lark, le fondateur de la distillerie du même nom, est l’un des personnages primordiaux de l’histoire du whisky en Australie. C’est lui qui est parvenu à changer les usages et la législation sur la distillation et notamment la taille des alambics en 1992. Sans lui, la production serait toujours familiale.

L’étiquette affiche fièrement une pioche et une pelle qui sont les symboles des pionniers, elles symbolisent la volonté des fondateurs de la distillerie. Elle a été créée en 1999/2000. Le 1er single malt date de 2003, c’est le plus ancien d’Australie. L’objectif des fondateurs est de produire un whisky aussi grand et qualitatif que ceux d’Ecosse. Ils ont commencé par importer du malt et de la tourbe avant de se fournir en local. Le malt utilisé, le “schooner”, est australien, de même que la tourbe. Le vieillissement se fait en fût de Bourbon. Les embouteillages sont issus d’un seul fût. Leurs produits ne sont vendus en France que depuis 2010 car la demande locale est supérieure à l’offre, l’approvisionnement est compliqué.

Nez : puissant, dur, bois grillé, tourbe terreuse, tourbe carnée, herbe coupée, foin séché, poussière

Bouche : ronde, souple, tourbe carnée, salin, réglisse, frais

Finale : chaude, ronde, pointe tourbée, réglisse

Oamaruvian Cask Strength Double Wood Of 55,88%

Ce whisky vient de la ville d’Oamaru, située dans l’île sud. Il s’agit d’un produit un peu particulier, en effet il provient de la distillerie Willowbank qui a fermé en 2000. C’était la distillerie la plus méridionale du monde. Elle a entre autres produit le whisky Wilson’s et le 45 South. Elle fut fondée en 1974 à Dunedin par la famille Baker. Elle fut rachetée en 1980 par Seagram’s of Canada, le plus gros propriétaire de distilleries en Ecosse pour produire le whisky Lammerlaw du nom de la chaîne de montagnes voisine. Il a aussi produit la marque de single malt Milford avant de revendre en 1997 à Fosters qui fermera la distillerie en 2000 pour utiliser les alambics pour produire du rhum dans les îles Fidji.

Quelques années plus tard, Greg Ramzay, homme d’affaires australien passionné de whiskies, tombe par hasard sur une vente aux enchères des derniers fûts de single malt de la distillerie, 443 exactement. Il achète le lot et décide de le mettre en bouteilles sous la marque Nez Zealand Whisky. En raison de la rareté, les embouteillages sont issus d’un seul fût et les bouteilles ne contiennent que 50cl. Le degré est naturel. Les whiskies ont été vieillis 6 ans en fûts de Bourbon et 10 ans en fûts de vins de Nouvelle Zélande. L’objectif de Greg Ramzay est de construire une nouvelle distillerie sur l’île et de produire de nouveau du whisky en Nouvelle Zélande. A suivre…

Le whisky est arrivé en 1830 dans le pays avec les colons écossais. La réglementation s’installe en 1870 et induit une diminution très importante de la production. Celle-ci redémarre doucement en 1950 mais ne se développera jamais.

Nez : rond, puissant, riche, complexe, notes de vernis, fruits rouges, fruits secs, vanille, bois fraîchement coupé, mine de crayon, fruits cuits, épices, pâte de coing

Bouche : ronde, douce, fine, puissante, épaisse, précise, notes de fruits rouges, fruits secs, pâte de coing, vanille, épices

Finale : longue, riche, tendue, fruits secs, vanille, épices