Soirée de Juillet – Whiskies estivaux

Chaque année, le Lyon Whisky Club prend une pause estivale en juillet et août. D’une part, beaucoup d’adhérents sont en congé d’autre part, on dit que le whisky se boit plus difficilement l’été en raison de la chaleur.
Depuis 2 ans, nous avons décidé d’ajouter une session début juillet, avant les grands départs en vacances. Il s’agit de soirées “bonus”, ne portant pas sur le whisky mais sur d’autres spiritueux. Ainsi l’an dernier, nous avons goûté des Gins et cette année nous devions découvrir les Armagnac.
Cependant la situation sanitaire en a décidé autrement. La session Armagnac a été reportée à juillet 2021.
A la place, j’ai choisi de faire mentir cet adage selon lequel le whisky et la chaleur ne faisait pas bon ménage et de découvrir des breuvages fins, légers, parfumés que l’on peut apprécier en plein été, à l’ombre toutefois.

Batch N°26 Tasty Creation Jean Boyer 43%

Jean Boyer est un embouteilleur indépendant de pastis et de whisky, existant depuis le milieu des années 1960. La structure est située à St Geours de Maremme, dans les Landes. Au départ, les whiskies embouteillés sont importés d’Ecosse depuis les plus grandes distilleries. Petit à petit, Jean Boyer commercialise ses sélections sous ses marques propres et devient un spécialiste des blended malt. Jusqu’en 1987, il est le 1er embouteilleur français indépendant. En 1994, la société est reprise par Jean-Marie Kovacs qui va développer la gamme notamment sur les rhums et les eaux-de-vie.

En 2015, Dominique Ribereau-Gayon, oenologue expert et renommé, reprend l’entreprise. Il diversifie et structure la gamme, notamment les whiskies, mettant en place les “Batch”, “Tasty Creations”, “Best Casks”, “Collection d’anthologie”,… pour différencier les whiskies plaisir de ceux haut de gamme et développe les embouteillages de whiskies français. La société achète les distillats en cours de vieillissement et s’occupe de terminer la maturation, les finitions, réductions, assemblages et mises en bouteilles. Aujourd’hui, la société comprend 10 personnes et produit environ 150000 bouteilles par an avec notamment pas moins de 12 pastis différents ! Elle ne vend qu’en circuits spécialisés, cavistes, CHR et rien en grande distribution.

Son autre spécificité est le Puit Jean Boyer. Il s’agit d’un meuble en bois, comprenant 3 cuves en verre contenant chacune un whisky différent. Le breuvage est sélectionné par le caviste parmi un choix catalogue afin de correspondre aux goûts de ses clients. Le client choisi le produit de son choix et la bouteille est remplie et étiquetée devant lui. Il peut ensuite rapporter la bouteille et soit reprendre le même produit soit goûter les autres.

Jean Boyer propose des whiskies tout en finesse et en délicatesse, avec un rapport qualité/prix intéressant.

Nez : frais, léger, notes végétales, fleurs blanches, poire, pêche blanche, encaustique, badiane, amande, sous-bois, girofle

Bouche : douce, fluide, fraiche, légère sucrosité, légère rondeur, notes de poire, pêche blanche, pointe végétale, noyaux de cerise

Finale : douce, fluide, fine, pointe d’épices douces, cumin, malt, légère amertume, amande amère

Genallachie 1996 19 ans Signatory Vintage 43% 

Glenallachie signifie Vallée des Roches en gaëlique. La distillerie est située dans le Speyside, au sud du village d’Aberlour. Elle fut conçue en 1967 par l’architecte William Delmé-Evans qui a également dessiné Tullibardine et Jura pour MacKinlay Mac Pherson et produit son premier jus en 1969. En 1985 elle est vendue à invergordon Distillers qui arrête la production avant de la fermer en 1987. En 1989 la distillerie est reprise par Campbell Distillers (Pernod Ricard) et remise en production exclusivement pour fournir du blend pour les cuvées Clan Campbell et House of Lords. Le 1er single malt est produit en 2005, il s’agit d’un distillat datant de 1989 et mis en bouteille apr Chivas Brothers, en Cask Strength Edition. En 2017, la distillerie et la marque sont revendues au consortium Glenallachie. Cette société rachète également des stocks importants, plus de 100 000 fûts, ce qui permettra la mise en bouteille de 12 ans, 18 ans et 21 ans immédiatement. En 2019, pour les 50 ans de la distillerie, une édition limitée de 6 embouteillages de fûts individuels a été réalisée.

Cette société a été fondée par Billy Walker, actionnaire majoritaire, ancien propriétaire de Benriach Distillery Company. Après 40 ans chez Benriach, il revend la distillerie en 2016 à Brown Former Corporation pour 285 millions de livres, une somme qui lui permet d’avoir une belle trésorerie pour son nouveau projet. Il est associé avec Trisha Savage avec qui il a travaillé chez Burn Stewart Distillers et chez Benriach où elle a beaucoup contribué à la création et à l’expansion de la marque. Le 3e associé est Graham Stevenson de Inver Gordon Distillers. Leur objectif est de créer et développer une entreprise écossaise de whisky écossais basée en Ecosse et indépendante. L’idée est de faire d’une distillerie inconnue un succès commercial, comme pour Benriach, tout en produisant des whiskies de qualité à des prix raisonnables.

La distillerie bénéficie d’une eau pure, provenant de la rivière Burn Water qui prend sa source dans les Mont Ben Rinnes. La distillerie achète le malt et réalise ensuite toutes les opérations  du brassage jusqu’à la mise en bouteille. Les fermentations sont effectuées dans 6 cuves de 6000L, elles sont très longues et durent 140h. Selon la distillerie, cela permet d’obtenir du corps et des notes florales. La distillation s’effectue à l’aide de 2 wash still et 2 spirit still. Ces alambics disposent de condenseurs horizontaux et non pas verticaux, cela permet de faire varier la température de refroidissement et d’obtenir des distillats différents, très charnu si la température est élevée et sur le fruit si la température est plus basse.

Nez : un peu fermé puis rond, riche, gourmand, gras, pâtissier, beurré, notes de pomme, amande, tarte bourdaloue, vanille, épices douces

Bouche : ronde, simple, piquante, aqueuse, peu aromatique, décevante

Finale : un peu chaude, épicée, manquant d’équilibre

Penderyn Peated 46%

Le Penderyn est dit le whisky le plus doux du monde, il se revendique artisanal, fin, léger et fruité.

En gallois, Penderyn signifie village, il s’agit de l’un des rares whiskies produits dans le Pays de Galles, on parle à son propos de Welsh Whisky.

Penderyn est une vieille distillerie du 19e qui a fermé en 1903. En 1995, un entrepreneur décide de relancer Penderyn. Il commande un alambic sur mesure à David Faraday, un descendant de Michael Faraday. Cet alambic est atypique, il est en partie basé sur le modèle Coffey. Il est composé d’une partie chaudière en oignon en cuivre à repasse, surmontée d’une colonne de distillation en continu. Il permet d’obtenir un distillat très pur titrant à 92%, réduit ensuite à 63.4% pour le vieillissement. Il ressemble un peu à une fusée de 3 étages. Cette forme permet de distiller d’autres alcools que le whisky.

Mais cet alambic s’il fut bien livré ne sera pas monté, en attendant sa commande, l’entrepreneur a décidé d’acheter des eaux-de-vie écossaise, de les aromatiser avec des épices avant de les embouteiller et de les vendre comme welsh whisky… cette pratique interdite est découverte et le fraudeur se retrouve en prison.

L’idée de relancer Penderyn est reprise par 2 amis du village, notamment la propriétaire du pub local. Ils rachètent l’alambic puis découvrent une source à l’entrée du village. Ils construisent des bâtiments, remontent et mettent en fonctionnement l’alambic, achètent des fûts,… et se retrouvent à cours d’argent. Ils décident alors de s’associer avec un millionnaire de la ville voisine de Cardiff ce qui permet de lancer la production.

Au départ, la bière d’orge était achetée à un pub de Cardiff, depuis 2014, le brassage se fait sur place. Le vieillissement se fait en fût de Bourbon Evan Williams, un clin d’oeil, puisque cette distillerie fut fondée par des gallois. L’embouteillage est réalisé sur place en totalité. Penderyn produit toujours d’autres alcools, avec son alambic atypique, notamment gin, vodka et liqueurs.

En 2000, Jim Swan devient le master distiller de la distillerie. Il met en place de nouveau type de finition de 6 à 24 mois en fût de Porto, Madère,… En 2013, un second alambic Faraday est mis en service. En 2014, 2 alambics pot still font leur apparition. Penderyn produit 150 000 bouteilles par an. Aujourd’hui l’équipe en charge de la distillerie est exclusivement féminine, comprenant Laura Davies la manger, Aista Jukneviciute la master distiller et Bethan Morgans, son assistante.

La cuvée Peated est atypique tant pour Penderyn que pour le monde des whiskies tourbés. Elle n’est pas réalisée à base d’orge tourbée mais par vieillissement dans un fût ayant contenu du whisky tourbé souvent de l’île d’Islay, ce qui explique sa légèreté et sa finesse. A l’origine, en 2005, il y a eu une erreur de livraison de fût, l’un provenant de Kilchoman, qui a créé cette cuvée.

Nez : notes de solvant marquées qui partent à l’aération, riche, fin, complexe, notes de bonbon arlequin, banane, sel, tapenade d’olives noires, baton de réglisse, fruits à l’eau-de-vie, noyau de cerise, cassis, camphre, pomme, poire

Bouche : suave, souple, riche, ronde, presque sucrée, équilibrée, notes de fruits blancs, camphre, tourbe légère

Finale : riche, ronde, longue, fine, notes végétales, bourgeon de cassis, fumée, terre

Soirée de décembre – Noël

Auchroisk 22 ans Orcines 48%

La distillerie Auchroisk a été fondée en 1974, elle est moderne tant que le plan architecturale que dans la gestion des ressources, elle est labellisée HVE. Elle fut créée pour produire des blend, notamment pour J&B

Cette cuvée a été viellie en ex-fût de Bourbon Hogshead de 2e remplissage afin de mettre en avant le caractère de la distillerie plutôt que celui du fût.

Orcines est la marque d’un embouteilleur indépendant français, le fils du fondateur de la boutique lyonnaise Whisky Lodge. Elle tire son nom du village dont est originaire la famille. Ses sélections ont pour but de mettre en avant les distillats plutôt que les élevages. Les profils obtenus sont fins, délicats, épurés. Les bouteilles ont des étiquettes en tissu qui ont obtenu des prix dans le monde du design.

Nez : frais, délicat, élégant, frais, notes fleurs blanches, végétales, graine de coriandre, cumin, poire, raisin, poivre

Bouche : fraîche, délicate, notes de fruits blancs, raisin, poivre

Finale : fluide, délicate, notes de poivre, bois mouillé, malt, noix – Belle cohérence et continuité

Cambus 26 ans single grain James Eadie 55,4%

La distillerie Cambus fut fondée en 1836 et fermée en 1993. Il s’agissait d’une distillerie de grain uniquement, utilisant un alambic à colonne. Cette cuvée a été vieillie en ex-fût d’Oloroso, elle fut sélectionnée par mettre en avant le travail du maître de chai.

Nez : intense, rond, gourmand, très complexe, notes de griottes à l’aclool, caramel, toffee, fruits confits, fruits secs, oxydatif, rancio, épices, cuir, pruneau, café, figue sèche

Bouche : ronde, puissante, gourmande, notes de fruits rouges, griottes cuites, fruits secs, sous bois, humus, champignon humide, toffee, pruneau

Finale : longue, douce, un peu sèche, notes de fruits secs, toffee

Caol Ila 9 ans James Eadie 56,7%

Cette cuvée a été vieillie en ex-fût de Bourbon puis en ex-fût de Palo Cortado.

Nez : très complexe, délicat, notes salines, fumée de feu de bois, hareng fumé, tourbe carnée, huile de sésame

Bouche : fraîche, délicate, riche, notes salines, fumée de feu de bois, tourbe carnée

Finale : très longue, ronde, douce, riche, notes de tourbe carnée

Xérès Almacenista Palo Cortado Lustau 19%

Nez : riche, puissant, notes de fruits noirs cuits, fruits secs, épices, café

Bouche : ronde, puissante, notes de fruits secs, pruneau, café, pointe saline

Finale : longue, douce, riche, notes de fruits secs, pruneau, épices

Soirée de Novembre – Japon

Le whisky japonais date de 1923, année de la construction de Yamazaki, la 1e distillerie de l’archipel. Elle fut suivie par Yoichi en 1934. De 1930 à 1980, la consommation locale augmente fortement, beaucoup de distilleries sont construites, de nombreuses brasseries de saké se diversifient en produisant du whisky.

Dans les années 1980, la demande s’écroule, beaucoup de distilleries ferment leurs portes ou arrêtent provisoirement leur production, c’est le cas de NIkka. L’augmentation des prix, l’abondance de whiskies d’autres pays, l’augmentation de la taxe sur les alcools ainsi que l’envie de consommer des alcools plus légers comme le saké et la bière sont les raisons de ce déclin.

Puis en 2001, Yamazaki 12 ans obtient un prix suivi par Hibiki 30 ans en 2003.la demande explose mais les stocks sont bas, les distilleries fermées ou arrêtées. Alors les prix des single malts montent en flèches. La production reprend à plein régime mais il est trop tard pour contenir l’envolée des tarifs. Ainsi la distillerie Kariuzawa ayant été démantelée, ses alambics perdus, le petit stock restant est vendu aux enchères. Les collectionneurs les achètent, sans notion de prix. Cette pratique a fait augmenter globalement le tarif des whiskies japonais. Le Japon représente à ce jour 5% de la production mondiale.

Le Japon présente de très bonnes caractéristiques géographiques pour la production de whisky, des tourbières de qualité, utilisables car non protégées comme en France, des régions montagneuses avec de l’eau très pure et qualitative et une basse pression idéale pour la distillation.

Ichiro Malt & Grain 46,5%

Ce whisky est produit par la distillerie Chichibu, créée en 2008 par Ichiro Akuto, un embouteilleur indépendant, petit-fils du fondateur de la distillerie Hanyu. La famille a toujours été productrice de saké et de shochu depuis le 17e siècle. Hanyu avait été créée en 1941 pour produire sakés et whiskies, en single malt à une époque où les japonais voulaient uniquement des blend. Elle a arrêté son activité en 2000 et fut démantelée en 2004. Après avoir travaillé dans une brasserie de saké et chez Suntory, Ichiro a créé la société Venture whisky et pu racheter les fûts restants d’Hanyu ainsi que ceux de Kawazaki et de Karuizawa. A ces débuts en 2006, il a eu la chance de faire de essais préalables et d’apprendre le métier chez Karuizawa qui avait été arrêtée en 2000 et remise en route spécialement pour lui…

Il a lancé la gamme Ichiro’s malt contenant des vieux malts d’Hanyu et des jeunes issus de Chichibu. La 1e série ne contenait que des malts d’Hanyu, en attendant que Chichibu ait produit suffisamment. Elle se nommait Hanyu Card Series, les étiquettes étaient des cartes à jouer. Il reste très peu de bouteilles sur le marché, elles sont à des tarifs très élevés et très recherchées par les collectionneurs. Ensuite Ichiro a créé une gamme de 3 pure malts, les Leaf Label, aux étiquettes en forme de feuille, Mizunara Wood Reserve dont l’étiquette est une feuille couleur or, Wine Wood Reserve, feuille rouge et Double Distilleries, feuille verte. Les 2 premiers mettent en avant le type de fût utilisé pour le vieillissement, le 3e met en avant la distillerie Chichibu. Puis il a lancé une gamme de single malts baptisée The First, the Floor Malted et the Peated.

La cuvée Malt&Grain est issue d’un assemblage de whikies de malt provenant d’Hanyu, Karuizawa, Chichibu, Kawazaki ainsi que d’autres distilleries japonaises ainsi que du monde et de whiskies de grain de Kawazaki.

La ville de Chichibu, qui a donné son nom à la distillerie, se situe dans la préfecture de Saitana, au nord-ouest de Tokyo. C’est une région montagneuse, au climat chaud et lourd en été et froid et sec en hiver. Les écarts de température annuel sont importants, de -10 à 35°. La part des anges est de 5% (2% seulement en Ecosse), la maturation est beaucoup plus rapide.

L’orge maltée provient d’Angleterre et un peu d’Allemagne, l’orge maltée tourbée provient exclusivement d’Ecosse. La distillerie commence à utiliser un peu d’orge japonaise qui est maltée sur place, la distillerie possède un kiln (four de séchage). Ichiro veut produire un single malt 100% japonais, qui serait le 1er de l’histoire!

La distillerie comprend des cuves de brassage en inox et des cuves de fermentation de 3000L en chêne mizunara. Le brassage est très léger afin de préserver les arômes fruités. La fermentation est longue, 72h au lieu de 24 à 40h ce qui permet une richesse plus importante. Le mizunara est le chêne japonais, Chichibu fut la 1e distillerie à l’utiliser, suivie par Yamazaki. Ce bois apporte richesse et profondeur mais présente un gros souci d’étanchéité et donc de perte de breuvage en cours de fabrication. Il présente une grande richesse en bactéries, différentes de celles du chêne classique, c’est un bon catalyseur de fermentation. La distillerie a 2 petits alambics de 2000L, les anciens d’Hanyu, qui provenaient d’Ecosse. Le chauffage est indirect, par vapeur, là aussi pour préserver la finesse des arômes. Au Japon, il n’y a pas de cadenas sur le spirit safe (coffre à alcool), cette pratique n’est obligatoire qu’en Ecosse. Ainsi Ichiro, en homme très pointilleux et exigeant, peut déguster à chaque distillation. Le vieillissement peut se faire dans plusieurs types de fûts, sherry, porto, mizunara, bourbon, cerisier, bière, tequila, vins français, rhum, cognac,… en œuf pour les blends,… Ichiro cherche toujours à apprendre, tester, découvrir,… Ainsi les fûts de mizunara venaient d’un tonnelier local qui a décidé de prendre sa retraite. Ichiro lui a demandé de former un de ses employés puis a racheté l’ensemble de son matériel. Aujourd’hui la tonnellerie est installée dans la distillerie. La distillerie compte 20 employés et produit 60 000L/an.

Nez : rond, doux, complexe, riche, fin, notes d’amande, fruits blancs (poire, pomme), abricot, fraise, pâtissier, pointe d’anis

Bouche : fine, douce, fruitée, complexe, attaque avec une pointe pimentée puis douceur, très pâtissier, notes d’amande, vanille, bois

Finale : douce, fine, un peu huileuse, un peu courte et simple, notes d’amande, vanille

Nikka Coffey Grain 45%

Le groupe Nikka, fondé par Masataka Taketsuru comprend plusieurs distilleries dont celle de Miyagikyo dont est issu ce whisky.

Masataka Taketsuru est né au Japon en 1894. Pour son travail, il part en 1918 en Ecosse. Il apprend beaucoup sur le whisky et rencontre Rita, sa future femme. Il revient au Japon et va construire pour Suntory la 1e distillerie japonaise de whisky, Yamazaki en 1923. En 1934, il quitte Suntory et créé sa propre distillerie, Yoichi à Hakkaido. L’entreprise porte le nom de DaiNipponKaju, simplifiée ensuite en Nikka. En 1969, il fonde Miyagikyo à Sendai.

Cette cuvée a été réalisée grâce à un alambic spécifique appelé Coffey Still ou patent still ou continuous still. Il a été créé en 1830 par Aeneas Coffey, un ancien inspecteur des douanes irlandais. Il s’agit d’un alambic à 2 colonnes permettant une production e whisky plus rapide et plus économique. Les distillats obtenus sont souvent considérés comme moins qualitatifs cependant ils contiennent des arômes plus fruités et plus légers qui peuvent être très agréables. Cet alambic est beaucoup utilisé pour les whiskies de grains.

Cette cuvée a été réalisée à la demande de la Maison du Whisky afin de pallier au manque permanent de single cask japonais et pour proposer un breuvage plus accessible financièrement et gustativement. Ce whisky fut d’abord produit en version limitée et millésimée puis, devant son succès, en édition permanente. Il a obtenu la médaille du Best Japanese Grain Whisky en 2013.

Nez : fin, délicat, élégant, notes florales avant l’aération puis notes de pomme cuite, cardamome, poivre blanc, crème d’amande, mangue, herbe fraîche, bâton de réglisse, bois grillé, pointe de vanille

Bouche : fraîche, douce, délicate, notes de poivre blanc, herbe fraîche, bois grillé, bâton de réglisse, pointe de vanille

Finale : grasse, fine, longue, notes de poivre blanc et de vanille

Yamazaki 12 ans 43%

Ce whisky tire son nom de la vallée où est installée la distillerie. Elle se situe entre Osaka et Kyoto, aux confluent de 3 rivières, ce qui apporte beaucoup de brume et donc d’humidité ains qu’un climat tempéré. L’eau est très pure car provenant des monatgnes voisines.

Yamazaki fut créée en 1923 par Shinjiro Torii, le fondateur du groupe Suntory et son bras droit, Masataka Taketsuru, le futur fondateur de Nikka. Elle est la plus ancienne du Japon et la plus populaire.

En 1929, elle produit son premier whisky qui n’est pas apprécié par les japonais car plus léger que ceux écossais. En 1937 le succès arrive grâce à la cuvée Kakubin, plus structurée. Entre 1940 et 1950, l’offre s’élargit. En 1961, Keizo Saji, le fils de Torii, devient le 2e président de Suntory. Il va pratiquer une politique plus agressive en réalisant de nombreux investissements et innovations. Il construit notamment les distilleries Hakushu et Chita en 1970. En 1984 il lance une gamme de single malt dont fera partie Yamazaki 18 ans en 1991, qui obtient la 1e médaille d’or mondiale qui va faire découvrir les whiskies japonais et provoquer le début de la forte demande pour ces produits. En 2013, la distillerie est de nouveau agrandie, 4 nouveaux alambics sont installées et porte le nombre total à 12.

La distillerie utilise 6 orges maltés différents, en fonction des cuvées à produire. La tourbe provient d’Ecosse. Plusieurs cuvées, dont les single casks, sont vieillis en fûts de mizunara pour apporter finesse et délicatesse d’arômes.

Nez : très expressif, riche, fermé au départ, demande un peu d’aération, notes de poire très mûres, griotte, fruits jaunes, fruits secs (abricot), tarte tatin, anis

Bouche : riche, intense, fraîche, notes de poire très mûre, fruits secs, tarte tatin

Finale : ronde, longue, riche, notes de fruits secs, tarte tatin

Soirée octobre – les Rye

Les conditions de production du Rye whisky sont presque identiques à celles du Bourbon. Le Rye est un whisky issu à 51% minimum de seigle, malté ou non, pour prétendre à cette dénomination. Les autres céréales utilisées sont au choix du producteur, souvent il s’agit de maïs et d’orge malté. L’élevage n’est pas obligatoire mais s’il est effectué, ce doit être en fût de chêne flambé. Il doit durer 2 ans pour obtenir la mention Straight rye. Au-delà de 4 ans, la mention de l’âge n’est plus obligatoire. Le distillat doit titre moins de 80% en sortie d’alambic et moins de 62,5 après réduction en fin de vieillissement.

Le seigle peut être malté ou non, dans ce second cas, il est cuit à la vapeur puis refroidi avant le brassage et additionné d’orge malté. Le seigle non malté est très difficile à travaillé en raison de son absence d’enveloppe. Il donne une farine très collante. Il a de plus un rendement nettement plus faible que l’orge.

Au 18e, les pionniers allemands et hollandais ont importé le seigle dans le nord de l’Amérique, notamment au Canada et en Nouvelle Angleterre. Cette céréale est bien adaptée aux hivers rigoureux et aux sols pauvres. Son goût différent, plus sec que le Bourbon, épicé et riche, plaisait beaucoup aux amateurs de scotch.

Le Rye a longtemps été considéré comme un symbole américain. Ce breuvage était consommé et produit par Georges Washington lui-même dans sa cave, le Washington Rye Whisky. On dit que le Rye était la boisson préférée d’Al Capone. Il a failli disparaître durant la prohibition, une seule marque à subsisté, le Old Overholt.

Le Canada produit beaucoup de Rye mais n’a pas les mêmes règles, ainsi 5% de seigle utilisé dans l’assemblage suffisent à donner la mention Rye mais le vieillissement doit durer minimum 3 ans en fût. 

Aujourd’hui le Rye est très à la mode, il est considéré comme branché et très apprécié des barmen depuis les années 2000. Il est utilisé dans de nombreux cocktails dont le Sazerac, le Manhattan, l’Old Fashioned. Depuis 2017, il est devenu l’une des 2 boissons officielles de la Virginie, avec le lait. On trouve du Rye dans de nombreux pays, USA et Canada bien sûr mais aussi en Europe, Finlande, Danemark, France également avec DHG, Armorik, Glann Ar Mor entre autres.

Kyro Juuri Rye 46,3%

La distillerie Kyro tire son nom de la rivière qui la borde ; elle est située dans le village de Isokyro, dans le golfe de Botnie au nord de la Finlande. Elle a été fondée en 2014, après 2 ans de lutte administrative de la part de ses fondateurs. Elle est issue de l’idée née dans un sauna après une soirée arrosée par un groupe de 5 amis en 2012. Elle est installée dans une ancienne ferme laitière datant de 1908 et emploie 30 personnes sur place ainsi que 7 ambassadeurs. Elle produit 100 000 bouteilles par an.

Kyro produit du whisky, du gin et une liqueur, tous les breuvages étant élaborés à partir de seigle finlandais. La ferme se visite et les produits sont dégustables sur place. 

Juuri signifie “origine” en finnois mais aussi la base du pain de seigle. Cette cuvée est issue à 100% de seigle finlandais malté. Il s’agit d’un new make. La distillerie propose aussi depuis 2017 un whisky vieilli et travaille à des cuvées plus anciennes.

Nez : frais, crémeux, notes d’anis, citron, poire, figue fraîche, pomme, prune, caroube, pointe fermière

Bouche : fraîche, ronde et douce en attaque, sèche ensuite, notes de noix fraîche, figue, pomme, anis, vanille

Finale : sèche, douce, longue, un peu amère, notes de poivre, pointe de piment

Rebel Yell Small Batch Rye 45%

Rebel Yell n’est pas le nom d’une distillerie mais celui d’une marque, enregistrée officiellement en 1936 et produite par la distillerie Stitzel-Weller qui fermera en 1992. Cette marque est vendue dans les années 1980 à Lixco Spirited Brands et reprise par Heaven Hill en 1992. Heaven Hill est l’une des plus anciennes distilleries du Kentucky, datant de 1849. Elle produit toujours Rebel Yell.

Au départ, Rebel Yell est une marque de Bourbon. La cuvée Rye est lancée en 2015. Elle est composée de seigle, maïs et orge malté.

Nez : gourmand, pâtissier, riche, notes d’abricot frais, noisette, pomme cuite, gentiane, camphre, cardamome, écorce de citron, fenouil, curcuma, caramel, crème pâtissière

Bouche : fraîche, douce, équilibrée, élégante, notes de beurre, vanille, céréale, bâton de réglisse, foin

Finale : douce, ronde, notes de vanille, bois, réglisse, anis, un peu courte

Stauning Young Rye Rum Cask Finish 46,5%

La distillerie Stauning tire son nom du village où elle est située, sur la cote ouest du Danemark. 

Cette cuvée est élaborée à partir de 70% de seigle et 30% d’orge malté. Les céréales sont locales ainsi que la tourbe qui provient du musée vivant voisin. Celui-ci conserve et maintient les métiers et traditions anciennes, notamment celle de la récolte et préparation de la tourbe. Le vieillissement se fait pendant 3 ans en fût de chêne américain neuf puis 8 mois en fût de rhum Plantation Belize de 1er remplissage.

La distillerie a été créée en 2005, elle était installée dans l’ancienne boucherie de l’un des fondateurs. Elle produisait 400L en double distillation avec 2 alambics pot still de petite taille. Tout le processus d’élaboration du whisky est fait sur place, du maltage à la mise en bouteille. Ainsi la chambre froide servait au maltage au sol, le hachoir à moudre les grains, le fumoir à jambon à fumer les grains. Depuis 2007, faute de place, les installations se sont déplacées dans une ferme voisine bien plus grande. Aujourd’hui la distillerie produit 900 000L et possède 24 alambics, toujours de petite taille. Elle propose 3 whiskies dont un tourbé ainsi qu’un new make. Elle a été en partie rachetée par Diageo et Distill Ventures en 2015.

Nez : frais, rond, pâtissier, notes d’aiguilles de pin, écorces d’agrumes, levure, céréales, vanille, caramel

Bouche : ronde, douce, un peu chaude, notes végétales, céréales, vanille, bois

Finale : ronde puis sèche, un peu courte, notes de vanille, bois, agrumes

Whistle Pig 10 ans 50%

Whistle Pig n’est pas une distillerie mais une ferme de vieillissement située sur les berges du lac Champlain, dans le Vermont. Elle appartient à Raj Peter Bhakta, un entrepreneur et politicien qui participe à des émissions de télé-réalité dont The Apprentice. Il est associé avec Dave Pickerell, ancien de Maker’s MArk, une des plus anciennes et des plus grosses distilleries de Bourbon. Ensemble, ils ont pour projet de créer le meilleur whisky de seigle du monde. Ils ont lancé la gamme en 2007. Les distillats proviennent du Canada, de chez Alberta Distillers puis sont vieillis et mis en bouteille dans la ferme Whistle Pig.

Cette cuvée est issue uniquement de seigle et vieillie en fût de Bourbon.

Nez :  doux, rond, frais, notes de solvant, fleurs, fruits blancs, pointe herbacée, cannelle, miel, écorce d’orange, vanille, bois grillé.

Bouche : douce, ronde, fraîche, pâtissière, notes de vanille, écorce d’orange, bois grillé

Finale : puissante, chaude, un peu piquante